Parmi tous les statuts possibles pour devenir indépendant, il en existe un très peu connu qui cumule autonomie du freelancing et sécurité du salariat, avec en bonus accompagnement individuel, rencontres, coopération, gouvernance partagée, formations et intégration à une communauté d’entrepreneurs venant de tous bords : c’est le statut d’entrepreneur salarié en coopérative d’activité et d’entrepreneurs (CAE).

Pourquoi j’ai choisi ce statut

Pour la petite histoire, lorsque j’ai quitté le poste de graphiste salariée que j’occupais depuis 6 ans pour devenir indépendante, je me suis tournée vers un ami entrepreneur de longue date pour recueillir son retour d’expérience et ses conseils. Comme beaucoup de graphistes, je pensais m’immatriculer en tant que micro-entreprise mais entre la paperasse et toute la partie gestion, cette idée m’angoissait. Il se trouve que Pierre m’a parlé de la coopérative d’activité et d’entrepreneurs et je suis rentrée chez moi conquise par ce modèle de structure, son état d’esprit et les avantages que représentaient pour moi de déléguer ma comptabilité, d’être accompagnée et de faire partie d’une communauté. La cerise sur le gâteau a été la possibilité d’obtenir le statut de salarié, selon moi synonyme de sécurité et de crédibilité pour financer mes projets perso face aux banques.

Pour commencer, qu’est ce qu’une CAE ?

C’est une entreprise partagée et coopérative prenant part à l’Economie Solciale et Solidaire, utilisant le statut de SCOP (Société Coopérative et Participative) ou SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif), composée des différentes activités économiques d’entrepreneurs qui ont choisi de mutualiser des moyens de gestion et de fonctionnement afin développer leur activité. Il existe des CAE spécialisées dans un secteur particulier et d’autres généralistes comme celle que j’ai rejoint. La gouvernance y est partagée et démocratique, une personne = une voix.

Comment ça marche

Après avoir testé son activité avec succès à travers un contrat CAPE, l’entrepreneur peut signer un contrat d’entrepreneur salarié associé (CESA équivalent au CDI) ou bien quitter la structure à tout moment pour créer son entreprise ou changer de projet professionnel. Le seul point commun entre CAE et société de portage, c’est que l’entrepreneur utilise la structure pour facturer et reçoit à la fin du mois un bulletin de salaire. Mais au-delà tout est différent.

Autonome mais jamais isolée

En intégrant la CAE j’ai eu 150 collègues entrepreneurs d’un coup et nous bénéficions chacun d’un IP (interlocuteur privilégié) qui nous accompagne dans notre développement, répond à nos sollicitations que ce soit à propos de notes de frais, de difficultés avec un client, ou de soucis persos pouvant impacter notre activité. Il est là pour nous encourager, nous conseiller et questionner notre stratégie, mais aussi pour nous alerter lorsque l’activité montre des signes de fatigue ou lorsqu’un contrat demande à être amélioré avant d’être envoyé.

Mon quotidien facilité par la mutualisation des compétences et des services

Nous bénéficions également d’une équipe comptabilité qui gère chaque activité et répond aussi à nos questions (il paraît qu’un comptable pédagogue est une perle rare, il y en a sûrement beaucoup qui travaillent en coopérative alors 😉 ). Un espace partagé nous donne la possibilité de réserver des bureaux pour recevoir un client et d’avoir une salle de réunion pour animer des ateliers ou travailler en groupe, un espace convivial ou je viens régulièrement travailler et prendre mes repas avec les membres de l’équipe permanente et d’autres entrepreneurs, et bien sûr une imprimante / photocopieuse, un vidéoprojecteur, les incontournables machine à café et bouilloire pour le thé 🙂

L’individu et le collectif en CAE, une dynamique vertueuse.

Dans ma structure nous avons un parcours de formations collectives au métier d’entrepreneur qui a le double avantage de nous mettre le pied à l’étrier et de nous permettre de rencontrer des collègues qui deviendront peut-être des partenaires, des prescripteurs ou des futurs clients. Ainsi, dès mon entrée dans la structure j’ai pu expérimenter la dynamique du collectif et en récolter les bienfaits. La théorie laisse rapidement sa place au partage qui est l’ADN d’une coopérative. C’est alors qu’un cercle vertueux peut se mettre en place. Le collectif vient nourrir l’individuel : partage d’expériences, partage d’outils, de visions, de critiques constructives, d’événements, de problématiques, de solutions… Et l’individu nourri le collectif : partage de la gouvernance, des résultats, de la stratégie de développement, de la vision, de la visibilité, des responsabilités… C’est une dynamique qui permet aussi l’expérimentation et l’innovation à titre personnel autant qu’à l’échelle nationale puisque les CAE font parti de réseaux coopératifs.

Comment rejoindre une CAE

  • Si vous voulez tester la CAE, inscrivez-vous d’abord à une réunion d’informations collective pendant laquelle vous pourrez poser toutes vos questions et vous assurer que celle qui vous intéresse vous correspond bien car même si toutes les coopératives sont construites sur le même cadre légale, elles ont toutes leur “personnalité” alors fiez-vous aussi à votre ressenti.

 

  • Si vous êtes toujours partant.e, vous serez reçu.e par un membre de l’équipe des accompagnants (IP) pour échanger sur votre projet entrepreneurial qui sera ensuite examiné par la commission d’agrément. Son rôle est de regarder si votre projet est suffisamment mûr et si la coopérative peut vous accompagner.

 

  • Si elle valide votre demande, vous signerez alors un Contrat d’Appui au Projet d’Entreprendre (CAPE) renouvelable dans la limite de 3 ans, qui vous permettra de tester votre activité tout en bénéficiant du chômage ou d’un autre statut compatible avec votre projet. Vous pouvez partir de la coopérative à tout moment si vous le souhaitez.

 

  • Si le test est concluant, vous pouvez créer votre structure ou continuer avec la coopérative en signant un Contrat d’Entrepreneur Salarié Associé équivalent à un CDI. Là encore vous pouvez partir à tout moment si votre projet évolue ou bien devenir associé.e dans un maximum de 3 ans de présence au sein de la structure et prendre part à la gouvernance de la coopérative.

En échange de l’accompagnement qu’il reçoit, l’entrepreneur verse une contribution coopérative allant de 8 à 12% prélevé sur sa marge brut, permettant de financer les équipements, les locaux et rémunérer les membres de l’équipe permanente (comptable, assistants, accompagnants…).

Mon bilan

Avant d’intégrer la CAE je pensais me contenter des livres de références sur le métier d’indépendant et de l’accompagnement de pôle emploi. Très vite après mon arrivé dans la CAE je me suis sentie en sécurité. J’avais l’esprit tranquille pour me concentrer sur mes nouvelles compétences à développer, sur ma visibilité et tout simplement sur mon travail. Je savais que quoi qu’il arrive, je pouvais compter sur mes indemnités pôle emploi.

J’ai eu rapidement des clients qui sont d’abord venus de la coopérative puis au bout de 6 mois du réseau créé avec les autres coopératives de Lyon (c’était un choix de ma part de profiter de ce réseau), et après un an par recommandation et bouche à oreille extérieur aux coopératives.

Avec l’aide de mon IP, j’ai pris conscience de ce qui me différencie et de la valeur de ce que j’apporte à mes clients. Aujourd’hui j’ai une vision claire de ma stratégie de développement.

Grâce aux événements de ma coopérative et de l’écosystème dont elle fait partie, j’ai pu créer du lien et des synergies avec des personnes qui ont la même vision que moi (et oui en coopérative vous avez de fortes chances de tomber sur des personnes qui sont sur la même longueur d’onde), tout en m’intégrant à d’autres réseaux extérieurs à la coopérative.

1,5 ans après mon entrée, je suis devenue entrepreneur salarié. Mon IP continu à soutenir et à s’adapter à mon développement, elle m’apporte son humanité et sa complicité, de même que l’ensemble des membres de l’équipe permanente qui sont pour moi de précieux partenaires.

Pour finir, il m’apparaît évident que l’existence de ce type de structure vient renforcer le rayonnement d’un autre modèle de société, qui incarne tout simplement un besoin d’expérimenter, de travailler autrement, avec et au service de l’humain, loin de tout lien de subordination, de hiérarchie et de concurrence prédatrice. Continuer mon chemin d’entrepreneur au sein d’une coopérative, c’est aussi ma contribution au changement de paradigme dont nous avons besoin.

Pour aller plus loin

Coopérer pour entreprendre : https://cooperer.coop/
Association nationnale des coopératives d’activité et d’entrepreneurs : https://www.copea.fr/
Union régionale des Scop Auvergne-Rhône-Alpes : http://www.scop.org/
Co’hop, collectif de 4 coopératives Lyonnaises : http://collectifcohop.com/
Ma coopérative : https://www.elycoop.fr/